24 mars 2008

Tecknokiller du Palatinat

 

Composition quantitative de cette note : Intérêt culturel 100 % ; intérêt sociologique 100 % ; djeunz authentique 100 %.

(Oui, ça fait 300 %. Et alors ? Il est grand temps de dépasser les limites conceptuelles, les Gens, non mais.)

 

Bon, les Gens de l'Internet Mondial, au risque de briser tous les totems, de renverser tous les tabous, de choquer les mal-pensants, je dois vous avouer que parfois, il y a des cours qui saoulent grave les profs qui les font.

Oui, les élèves qui les écoutent, aussi, sans doute, mais ce n'est pas le propos ici, merci d'adresser vos remarques à la rédaction, j'aime bien avoir du courrier. N'oubliez juste pas de joindre des photos de Brad nu, merci.

 

En vertu de la règle absolue de la composition, une idée = un exemple, j'exemplifie de ce pas : moi, je l'avoue à la face de la Galaxie, "Les réseaux urbains et la métropolisation en Europe", je trouve que c'est moyen funky. Les élèves aussi, puisqu'ils en profitent pour laisser les gondoles à Venise

 

En revanche, il y a des cours que tu kiffes grave. Sur lesquels tu t'éclates. Des cours hyper funky. Plus souvent des cours d'Histoire que de géographie pour moi, mais je ne vois vraiment pas pourquoi, franchement, non, je vois pas.

 

Et, en particulier -mais pas seulement- je vois toujours arriver avec émotion les chapitres concernant la Révolution française.

 

Je sais que je vais adorer ces cours, mais je sais déjà aussi à quoi m'attendre -les djeunz se renouvellent peu, année après année :

 

- M'dme, c'est vrai que la guillotine, ça fait pas mal ? Euh, comment dire, personne n'ayant jamais survécu...

- M'dme, on meurt tout de suite, quand on est guillotiné ? Non, en général on a le temps de boire un dernier café et de fumer une dernière cigarette, puis là, on meurt... 

- M'dme, ça fait comme pour les canards ? On BOUGE ? Ben oui, on bouge le temps du café et de la cigarette...

- M'dme, qu'est-ce qu'on fait de la tête ? (mon moment préféré entre tous) ON LA POSE SUR LE CERCEUIL  [air ravi et terrifié de l'assemblée]

 

Oui, vous noterez, les Gens de l'Internet Mondial, que les questions des djeunz sont toujours très tournées vers les exécutions, et, curieusement, assez peu vers les pesanteurs sociales de l'Ancien Régime, qui, conjuguées avec l'absolutisme royal , provoquent une inadéquation entre la société réelle et la société imposée par l'ordre ancien. Etrange, non ?

 

Mais, s'il y a bien un moment où je ne sais pas à quoi m'attendre, même si je sais que je peux m'attendre au pire, c'est lorsque, pour comprendre ce qu'est l'absolutisme de droit divin et comment il se met en scène, on étudie le tableau de Hyacinthe Rigaud, Lou*is XIV en costume de sacre...

 

 

 

Déjà, jeune prof à peine sortie des concours, et inspectée le jour de l'étude de ce tableau, j'eus l'immense bonheur d'entendre M., qui, déjà, avait jugé bon de me piquer le transparent - pour rire, M'dme - juste avant, s'exclamer assez fort pour être entendu de l'enfer - qui, soit dit en passant, n'était pas bien loin, on était dans l'ascenseur qui y mène, c'est sûr :

 

"Mais c'est qui cette t*** ??? Il va tapiner au bois ou quoi ?"

 

Alors là, franchement, un jour d'inspection, tu vis, ... comment dire..., un grand moment de solitude...

 

Depuis, je me suis aguerrie.

 

Je sais que, statistiquement, quand je vais distribuer la photocopie, la moitié des élèves vont dire :

"Aaaaah mais je l'ai fait, ce truc trop chelou. C'est Napoléon."

 

Une fois, un élève fort original s'est même exclamé

"C'est Jeanne d'Arc.",

se rapprochant par là de la moitié restante qui va invariablement me dire :

 "C'est qui, ELLE ?"

 

Il paraît que Louis XIV, du fond de sa tombe, m'envoie des suppliques, genre "arrête d'étudier MON tableau, j'en peux plus, tu peux pas étudier celui de l'autre naze, Louis XVI, de toute façon il a plus toute sa tête, donc ça lui fera rien".

 

Mais parfois, je suis encore surprise.

Ainsi, il y a peu, S. a passé tout le temps de l'étude du tableau le nez pincé avec sa main gauche, parce que bon,

"M'dme, on m'a dit que ce type ne s'était JAMAIS lavé de sa vie".

 

Le même jour, R. s'exclame, émerveillé :

 "Ouah, mais il a trop des fringues de bogoss, lui !"

Alors que j'en étais à un froncement de sourcils perplexe visant à évaluer cette opinion artistique, M., outré par la radicale nouveauté de cette proposition, s'exclame :

"Non mais t'es ouf, c'est trop chelou, comme fringues !"

 

Ce à quoi R. rétorqua, non sans sens de l'à propos :

"C'est toi qui est ouf et chelou, tu trouves trop beau le Buffalo Grill" (authentique, depuis cet événement, je ne suis plus tout à fait la même)

 

Vexé, M. tire sa dernière cartouche en assénant :

"Tu peux parler, t'as vu la tête de ta copine ?"

 

Et c'est à ce stade de ce fort édifiant échange que je parvins à calmer ma légitime curiosité (c'est qui la copine de R. ?) les ardeurs adolescentes pour passer à l'étude en huit points de ce tableau. 

 

Passant entre les rangs pour vérifier la prise de notes, tout en dictant des choses fascinantes sur la concentration des pouvoirs dans les mains du roi, je trouvais Al. tirant la langue sous l'effet de la concentration, fort occupé à colorier la photocopie,

 

"parce que M'dme, ce mec, c'est trop un tecknokiller"

 

 

Et franchement, ça lui va grave bien, à Louis XIV, je trouve :

 

 

 

(les couleurs passent un peu mal, mais vous voyez l'idée générale).

***

Sur ce, je vais de ce pas me replonger dans la préparation d'un cours de géographie, en me consolant au Lindor au chocolat au lait, parce qu'il faut ce qu'il faut. Et aussi parce que Fashion les a oublié chez moi, la fourbe.