04 mai 2008

Iron Woman

 

 

Note de fin de vacances, sans Brad, sans Raymond, mais avec une dose importante de mauvaise conscience, parce que bon, j'ai pas préparé tous les cours que je voulais préparer. Ce qui est mal. Je vais m'autopriver de Martini. Je me suis déjà autoprivée en fait. Parce que j'ai oublié d'en racheter. L'enfer, c'est ça.

 

 

Bon, les Gens de l'Internet Mondial, il faut que je vous avoue un truc. Un truc qui décoiffe. Mais pas trop, parce que, bon, le brushing, c'est la vie. Enfin, c'est ma vie. Ma religion. Vous m'avez comprise.

 

Voilà, en fait, malgré les rumeurs persistantes sur le sujet, je ne suis pas parfaite

Incroyable, non ?

 

Confucius lui-même avait dit "on ne peut pas exceller en tout".

 

Et il avait raison, ce brave homme. Grave.

 

Donc moi, je sais faire des macarons, je sais me vernir les ongles de la main droite, je suis capable de me garer dans une place qui fait 30 cm de moins que la taille de ma voiture (mais seulement si personne ne regarde. Quand on me regarde, je suis déconcentrée. Totalement.), je sais raconter des blagues pourries en cours, je sais imiter la Venus de Milo (mais plus habillée), et je détiens le record mondial de consommation journalière de coca light.

 

Mais, je l'avoue à la face de l'Internet Mondial, je suis nulle en repassage. Grave.

 

Tellement nulle qu'il y a peu, après m'être changée dans la salle de bain d'une amie en prévision d'une soirée, et ayant revêtu un habit de lumière - bon, plus décolleté que lumineux en fait, on fait avec ce qu'on a-, ladite amie, après m'avoir regardée quelques brefs instants, me proposa fort gentiment de sortir la table et le fer à repasser. C'est vous dire l'étendue des dégâts, les Gens de l'Internet Mondial.

 

Donc non seulement je suis nulle en repassage, mais en plus je déteste ça.

Mais, paradoxalement, je ne peux pas assumer et arrêter le repassage. La simple idée de dormir dans des draps non repassés me donne le bourdon. Comme l'idée d'un monde sans Brad. Ou sans Martini. C'est pour dire.

 

Du coup, je stocke le linge à repasser. Sur le temps long. Très long. Au point que chercher quelque chose dans ma pile de linge à repasser relève de l'expérience archéologique mystique ultime. Et que parfois, je retrouve des vêtements que j'avais oublié posséder. Ce qui est pour le moins frais, vous en conviendrez, les Gens de l'Internet Mondial.

 

(Frais, ça veut dire fun en langage djeunz cuvée 2008. Pfff, faut tout vous apprendre, les Gens.)

 

 

Et manifestement, le repassage, c'est pas héréditaire. Ni génétique.

Parce que mon père, il repasse hyper bien, et en plus il aime bien ça, repasser.

Et il développe une sensibilité très spéciale, une espèce d'allergie pour le linge non ou mal repassé. Autant vous dire que chez moi, il est servi.

Du coup, n'en pouvant plus de le voir loucher sur ma pile de linge à repasser, j'ai décidé d'agir.

D'agir en adulte responsable. En adulte qui assume sa maison. Totalement.

Et de cacher l'objet du délit quand je reçois ma famille. C'est bluffant tellement c'est responsable, non ?

 

Je me souviens que j'avais, dans le temps, dévolu un tiroir de commode à la mission de cache-cache.

Mais très vite, j'ai dû voir les choses en grand.

Une armoire.

Rien que ça.

Trois mètres cube. Bien tassés. Menaçant de s'effondrer sur quiconque s'aventurerait trop près de l'objet du délit.

 

Mais cette situation est fort inconfortable. Moralement. Je dois dealer avec mon âme tourmentée. Et mon inconscient traumatisé. Parce que la dissimulation, c'est mal. Sauf quand je dissimule à la face du monde ma liaison avec George. Parce que bon, la presse people, les photographes, et tout et tout...Vous savez ce que c'est.

 

Et puis surtout, si vous voulez faire croire que vous n'avez pas de repassage en retard, il faut une logistique de fou. Il vous faut prévoir à l'avance tout ce dont vous pourriez avoir besoin le jour de réception.

Puis chammaniser l'armoire. Pour éviter que quiconque ne l'ouvre. En particulier les enfants. Qui sont parfois facétieux.

 

Et pourtant, malgré des années de pratique, j'ai failli.

Le crime était presque parfait.

Mais j'avais sous-estimé la consommation effrénée de torchons de ma soeur quand elle se livre rageusement à l'essuyage de vaisselle.

Alors que le front serein et la mine réjouie, je barbotais allègrement dans l'eau - c'est une image, je fais rarement la vaisselle avec les pieds, du moins en public-, Fashion, l'air innocent, me demanda donc des torchons secs. La fourbe.

Avec force grimaces, je lui intimais le silence, puis, tel un général napoléonien penché sur les cartes d'état major d'Austerlitz, je dressais un plan de bataille en or massif.

 

D'abord, je recrutais des troupes.

Mes neveu et nièces étaient chargés des manoeuvres de diversion. De préférence du côté de la salle de bain ou du balcon, éloignés de l'armoire chammanisée.

Mon beau-frère numéro 1 était chargé de bloquer la porte du dressing, au péril de sa vie si nécessaire.

Mon beau-frère numéro 2 était chargé de faire le guet dans le couloir.

Ma soeur Falbala était chargée de faire comme si de rien n'était. On n'exploite pas les femmes enceintes sur les champs de bataille, non mais.

Pendant ce temps, Fashion -hilare, allez savoir pourquoi- et moi-même nous approchions témérairement de l'objet du crime.

Et telle la Lara Croft du dressing, j'ouvris l'armoire, et, n'écoutant que mon courage, j'explorais à toute allure les strates accumulées à la recherche des torchons convoités.

Évidemment, la plus grande rapidité d'exécution était requise. Tout le monde sait que la surprise est le meilleur allié du combattant.

La mission accomplie, je remerciais chaleureusement les troupes et retournais vers ma vaisselle, le front de nouveau serein.

 

Sauf que mon soulagement fut de courte durée.

Parce que, dans la rapidité d'exécution du plan, j'avais un peu oublié de regarder les détails de l'affaire.

Et que Fashion, toujours hilare, brandit devant l'intégralité de mes grands-parents, parents, et quelques beaux-parents de mes soeurs, une série de forts jolies taies d'oreiller, qui avaient choisi, les fourbes, de se faire passer pour les torchons convoités.


Et ce fut à ce moment précis de l'Histoire que l'armoire mal rechammanisée choisit de laisser s'évader l'intégralité des trois mètres cube de linge sur le sol du dressing. Et trois mètres cube de linge, ça en fait du bruit.

 

Ma réputation est à jamais ternie. Et encore, personne n'a ouvert le tiroir de la honte de mon buffet.

 

***

 

Et bien sachez, les Gens de l'Internet Mondial, qu'aujourd'hui, n'écoutant que mon courage, et un peu Bakounine aussi, qui a dit "Ceux qui se sont sagement limités à ce qui leur semblait possible n'ont jamais avancé d'un seul pas", j'ai commencé à repasser mes trois mètres cube.

On se revoit dans trois mois ?

Et vous, les Gens de l'Internet, vous avez des cadavres dans les placards ?

 

***

 

 

Oui, je sais, contrairement à ce qui était annoncé, il y a un peu de Brad dans cette note. Que voulez-vous, parfois il faut laisser libre cours à sa créativité.