14 octobre 2009
Les profs boivent, les élèves trinquent. A moins que ce soit l'inverse...
Bon, les Gens de l'Internet, sachez que ma vie professionnelle est devenue cette année tellement bloguable que je n'ai même pas le temps de la bloguer, c'est pour dire. Et que ça commence à me coûter cher en Martini, cette histoire. Grave.
Lors de la ruée qui tient lieu d'entrée en classe, A. se précipite vers moi, l'air très préoccupé.
A., essoufflé, l'air perplexe, tellement concentré qu'il en oublie les oreillettes de MP3 qui reposent sur ses oreilles :"Euh, M'dme, c'est vrai ce qu'on dit ?"
Alinéa, surveillant du coin de l'oeil M. qui commence à se disputer avec S. pour une histoire de place, qui accessoirement est celle de Y. : "Tout dépend de ce qu'on dit, A."
Gêné, limite rougissant: "Ben, on m'a dit, que l'autre fois, si vous étiez pas là, c'est parce que vous étiez à un Kolok !"
Alinéa, guettant S. qui par mesure de représailles, tente de voler le portable de M. dans sa poche arrière de jeans : "Eh bien oui, A., c'est vrai, j'ai assisté à un colloque."
Les yeux ronds, le souffle court, A. balbutie :"Mais c'est incroyable, M'dme, j'aurais jamais cru que vous étiez alcoolique !"
Alinéa, tellement héberluée qu'elle en perd S. et M. des yeux : "Pardon ???"
A., rassurant :"Non mais j'vous rassure, M'dme, ça se voit pas du tout !"
Sur ce, je vous laisse, je dois finir mon Martini paquet de copies.
***
Au prochain épisode, en exclusivité mondiale : "Pourquoi les Chinois sont-ils tout petits, par Y." Ça vaut son pesant de lecteurs MP3, croyez moi.
22:04 Publié dans Etudes de la djeunzerie | Lien permanent | Commentaires (9) | Envoyer cette note | Tags : sortez moi de là, kolok, l'an prochain je me fais muter à vladivostok
12 janvier 2009
Une sombre affaire
Bon, les Gens de l'Internet, je sais pas vous, mais de mon temps, jamais de la vie on aurait osé poser une question à un prof pendant un devoir sur table.
Et bien, laissez moi vous dire que les temps ont changé. Ah oui ma brave dame.
Maintenant, pendant un contrôle, les djeunzs osent te demander si t'as pas un mouchoir, si la réponse à la question deux fait 3 lignes, est-ce que c'est grave, et quel est l'âge du capitaine, et pourquoi l'autre, zyva, Urbain II - trop naze le blaze - il parle à des cils tebés (concile) (au cas où), et si je réponds pas à la question 4 mais que je vous explique pourquoi je n'y réponds pas, est-ce que j'aurais les points quand même ?
C'est donc avec un visage fermé, genre si tu bouges je sors le bazooka, que je surveillais une classe vendredi.
Mais ce visage n'a pas impressionné M.
- Euh, M'dme, je peux vous poser une question hyper importante ?
- ....
- Ah mais M'dme, c'est pas pour avoir une réponse, juré !
- ...
Quelques minutes plus tard, n'y tenant plus...
- M'dme, il FAUT me répondre : on dit éclairement ou éclairation ???
- ?!?!
***
Et sur, cette lumineuse réflexion, je vous souhaite à tous, les Gens de l'Internet, une excellente année 2009 ! Quelle vous apporte beaucoup de macarons, beaucoup de George, pas trop de Brad (je le garde pour moi), quelques ragondins soyeux et surtout beaucoup de bonheur !
22:02 Publié dans Etudes de la djeunzerie | Lien permanent | Commentaires (16) | Envoyer cette note | Tags : fiat lux, age du capitaine, colonel moutarde
02 décembre 2008
Faute avouée
Cette note est une tentative désespérée pour échapper à la pile de copies qui me nargue. A non, aux piles que copies qui me narguent.
La pile de copies est taquine.
Bon, les Gens de l'Internet, sachez que, mue par des pulsions autodestructrices qui ne sont probablement pas sans lien avec l'impossibilité de me procurer la saison 2 de Grey's Anatomy, j'ai donné hier aux élèves un fort sémillant devoir sur table.
Dans la salle d'à côté, un cours de maths fort audible. Une sombre histoire de résolution de fonctions et de 3ème degré assez chelou, si vous voulez mon avis. D'ailleurs je pense que le colonel Moutarde était coupable, avec le moulin à légumes, dans le sauna, mais bon, j'osais trop rien dire. Mais là n'est pas la question.
Du coup, il n'en faut pas plus pour que les élèves râlent, tempêtent, menacent de faire irruption dans la pièce d'à côté...
- "Ah non mais vraiment, M'dme, y a pas moyen, j'y arrive pas, je peux pas me concentrer, là !" s'exclame E.
- "Bon, E., vous voulez me faire croire que chez vous, vous ne travaillez pas devant la télé ?" rétorquais-je.
- "M'dme, sur l'honneur, JAMAIS DE MA VIE j'ai travaillé à la maison !"
20:55 Publié dans Etudes de la djeunzerie | Lien permanent | Commentaires (18) | Envoyer cette note | Tags : tu copieras 100 fois "je ne dois pas bloguer quand j'ai des copi, wech wech
27 novembre 2008
La semaine de l'orientation
Bon, les Gens de l'Internet, les temps sont sombres.
Il fait environ moins 32°, il fait nuit environ 19 heures par jour, la crise nous guette pour environ 174 ans, Britney ne fait environ même pas de bêtises, et Daniel Craig n'est même pas environ nu dans le dernier James Bond.
Heureusement, il reste les djeunzs. Et surtout A., qui est un peu aux djeunzs ce que la fleur de sel à la vanille est au saumon à l'unilatérale. Vous voyez l'idée, les Gens de l'Internet ?
Pour égayer l'atmosphère pesante de cette fin de mois de novembre, j'ai trouvé fort à propos de terroriser du djeunz à l'arme lourde. En faisant un cours sur les principales menaces qui pèsent sur notre monde. Au programme des réjouissances, narcotrafic, terrorisme et trafic d'armes. Qu'est-ce qu'on s'amuse, non ?
Allez hop, on commence par le trafic d'armes. Qui vend, à qui, les enjeux, et tout et tout.
Ce monde intrigue les djeunzs, qui sont à l'âge où les atrocités fascinent, tout comme les milieux marginaux, dangereux.
Ils ont tous vu Lord of war.
Ils ont tous manipulé des armes de guerre dans des jeux vidéo.
Donc ils ont tout un tas de questions à poser sur les marchands d'armes.
Et c'est alors que A. lève la main. Bien haut.
- "M'dme, il y a un BTS pour faire ça ?"
- "Bien sûr, A.. Dans le lycée où vous pouvez aussi préparer un BTS de proxénétisme".
A. a raison. Tant qu'à faire, autant choisir une profession qui ne connaît pas la crise.
00:06 Publié dans Etudes de la djeunzerie | Lien permanent | Commentaires (12) | Envoyer cette note | Tags : daniel craig nu, lapins nains.
21 mai 2008
Hé, Demosthène, sors de ce corps !
Note sans Brad (hélas), sans Martini (trois fois hélas), mais avec plein de cartons, parce que bon, là, chez moi, c'est un vrai pandémonium. Si, si.
Et j'ai toujours un magnifique shaker électrique, modèle jaune 2000, jamais servi, à fourguer. Et je comprends pas bien pourquoi ça intéresse PERSONNE alors que bon, quand même, on est tous d'accord pour dire que ça sert à RIEN. Mais quand même.
Bon, les Gens de l'Internet, là, c'est un peu le feu. Entre les fouilles archéologiques menées dans mon dressing, qui m'ont conduite à trouver quelques colliers en fourrure orange (comment ai-je pu arrêter de les porter, telle est la question) , quelques sèche-cheveux neufs et quelques robes ma foi plus adaptées au tapis rouge de Cannes qu'à la salle 107, les cartons de livres à préparer (bon, j'ai, on va dire, quelques livres), les derniers cours à boucler, les dernières copies à corriger, je suis un peu grave overbookée.
Mais bon, quand même, je ne peux pas perdre une occasion de trouver une excuse pour ne pas corriger de vous raconter ce que A. retient de mes cours d'Histoire.
A. est une mine d'or. Le filon de la salle 107. Un filon qui tourne parfois au cauchemar.
Parmi tous les cours de l'année, en Première, il y en a un qui plaît particulièrement aux djeunz, c'est celui sur le nazisme. Entre fascination et répulsion, je suis sûre de captiver mon auditoire.
Les questions fusent, car pour les djeunz, il est tout simplement inconcevable que les théories racistes d'Hitler aient suscité au pire une telle adhésion, au mieux une certaine passivité.
S. s'indigne avec véhémence (et sans lever la main, mais bon, c'est un détail pour vous, même si pour moi ça veut dire beaucoup) :
- Mais enfin M'dme, c'est pas possible, comment les gens ont pu croire à ces c*** ? Il est grave chelou ce mec ! (le vocabulaire est d'origine)
A., toujours avide de répondre :
- Mais t'es complètement ouf, la prof elle l'a dit, ce mec c'était grave un bon horodateur. C'est pour ça.
Vous pouvez me croire - et vous allez me croire : je n'ai JAMAIS dit ça.
22:42 Publié dans Etudes de la djeunzerie | Lien permanent | Commentaires (24) | Envoyer cette note | Tags : shaker gratuit, horodatage
13 mai 2008
Aux armes, citoyens (de Disneyland) !
Note rapide, parce que bon, je déménage bientôt, et que bon, mon appart ressemble à un entrepôt Ikea, et que franchement, je crois que les livres, c'est surfait.
Sinon, qui veut un shaker électrique ?
Bon, les Gens de l'Internet, ce qui est cool quand on est prof, c'est qu'on aide à former le futur. On se sent utile. On oeuvre pour la grandeur de la France. De l'Europe. De la Galaxie.
Même si parfois on doute. Souvent, même.
D'ailleurs les élèves aussi doutent. De ce que MOI je leur dis. Je trouve ça vraiment pas kiffant.
Et c'est ainsi que j'ai perdu toute crédibilité auprès de J.
J. aime bien l'Histoire.
Surtout quand il se passe des choses HORRIBLES. Qu'il y a du sang, des entrailles, des morts. Et un peu de choses sexuelles aussi.
Ses interventions sont toujours de grands moments. Parce qu'elle dit toujours ce qu'elle pense. Au moment où elle le pense.
Et aussi parce que, dans la même classe, A. aussi aime bien l'Histoire.
Et que ses interventions aussi sont toujours d'anthologie.
Et que du coup, ils se répondent.
Amis du surréalisme, bonjour.
Du coup, quand je décris le processus de déclenchement de la Première Mondiale, et les mobilisations générales successives des Etats européens, A. veut tout savoir.
A. perplexe :"Mais M'dme, comment ça se passe, la mobilisation générale ?"
Alinéa, docte : "Et bien, on appelle tous les hommes en âge d'être appelés. Et on leur demande de rejoindre les casernes."
A., voulant aller au fond de la question : "On les appelle par téléphone, ou on leur envoie un mail ?"
Ben oui, sur MSN : "Kikoo, cé la mobilisation général, tro la teuf, on va tro se ptdr."
Alinéa, frustrée de l'oubli total des premiers cours de l'année : "Euh, on est en 1914, vous vous souvenez, tout le monde n'a pas le téléphone, et le mail n'existe qu'à la fin du XXe siècle !"
A., creusant encore plus loin : "Ben alors, comment on fait ?"
Et c'est alors que J. bondit, lève la main, et s'exclame :"Moi je sais, M'dme !"
Alinéa, s'attendant au pire : "Oui, J. ?"
J., toute joyeuse : "On envoie des messagers qui frappent à TOUTES les portes !"
Alinéa, perplexe : "Vous savez, J., il y a plus de 40 millions d'habitants en France en 1914, ça fait beaucoup de portes. Non, on utilise les cloches des églises, qui sonnent le tocsin, et on placarde sur les bâtiments publics l'ordre de mobilisation générale dont votre manuel présente une reproduction."
J., énervée : "Ben non, n'importe quoi, je sais que c'est pas comme ça !"
Alinéa, très calme bien qu'émotionnellement épuisée : "Je vous garantis que si, J. On ne peut PAS matériellement aller frapper à toutes les portes."
J., TRES énervée : "Mais enfin Madame, j'ai vu Mulan, moi. Pas vous ?"
Ben si.
Mais ça fait mal. Très mal.
23:43 Publié dans Etudes de la djeunzerie | Lien permanent | Commentaires (21) | Envoyer cette note | Tags : n'importe quoi, mulan, shaker
01 avril 2008
Génération Y
Note qui fera date dans la socio-anthropologie de la djeunzerie. Ou pas.
Ah oui, et sinon, note Brad free, Ragondin free, et Martini free.
Où va le monde, je vous l'demande ?
Bon, les Gens de l'Internet, je sais pas trop où vous en êtes côté démographie, sociologie and co, mais enfin bon, ce blog ayant une haute vocation culturelle, je pense que vous avez tous lu les derniers essais moldaves sur les questions relatives à la djeunzerie, et que vous n'êtes pas sans savoir que dans les pays anglo-saxons, on appelle la "Génération Y" les djeunz nés entre 1980 et 1994.
C'est fou, ça ? On les appelle aussi les "Echo boomers", parce que, quoi que vous leur disiez, ils répondent "en vérité, M'dme ?", je vois pas trop d'autres raisons possibles. A moins que ce ne soit en relation avec la nymphe des bois et des forêts du mont Helicon, mais franchement, le lien me semble ténu.
Ce phénomène sociologique est du plus haut intérêt, vous vous doutez bien, les Gens de l'Internet Mondial, dans la mesure où les Echo boomers ont tout un tas de caractéristiques fascinantes :
- 97 % possèdent un ordinateur
- 94 % possèdent un téléphone portable
- 76 % utilisent une messagerie instantanée
- 34 % n'ont qu'une source d'information, le net
- 28 % possèdent un blog et 44 % en lisent
- 75 % ont un profil Facebook
- 60 % possèdent un lecteur MP3
Bon, alors, les Gens de l'Internet qui font des sondages, sachez que mes djeunz à moi font exploser vos statistiques :
- 100 % possèdent un ordinateur (sauf quand ils ont une recherche à faire pour un exposé, parce que là, bon, souvent, le chien / le chat / mon père a mangé la souris / la carte mémoire / l'écran (rayez les mentions inutiles))
- 100 % possèdent un téléphone portable (des trucs high tech de folie avec lesquels je pourrais appeler la lune, et que je voudrais parfois bien garder quand je les confisque, histoire de faire fortune en les revendant sur eBay)
- 100 % utilisent MSN, et 50 % recherchent activement MON adresse MSN, et ils ont tous des super adresses, genre loveurdulycée9476585@hotmail.com)
- 99 % n'ont qu'une source d'information, le net. Les 1 % restants n'ont qu'une source d'information, la télé, mais ça se perd de plus en plus...
- 100 % ont un blog, dans lequel ils n'écrivent jamais rien sur leurs profs, les fourbes, c'est assez frustrant, ils pourraient faire un effort non mais quand même...
- Je ne veux surtout pas savoir combien ont un compte Facebook, mais beaucoup trop à mon goût, Facebook devrait être réservé aux grands, non mais.
- 100 % possèdent un lecteur MP3, et 100 % tentent de le conserver autour du cou à chaque début de cours, et 100 % échouent. Gnark gnark. On a les victoires qu'on peut.
Bon, les Gens de l'Internet Mondial, je suis sûre que vous trouvez ça hyper éclairant quant à la djeunzerie, et, soit dit en passant, ça doit prouver qu'il y a une erreur dans mon état civil, parce que bon, j'ai un ordinateur, un téléphone portable, MSN, un blog, un iPod, un profil Facebook, et je n'ai pas la télé... Donc, vous en conviendrez avec moi, il est impossible que j'ai, hum, disons, 30 ans et quelques mois, les entrailles des sociologues sont formelles.
Ces éminents spécialistes de la question semblent néanmoins avoir oublié une chose quant à cette génération Y.
Une chose qui fait qu'on ne peut la confondre avec aucune autre génération.
Son aptitude à poser la question qui tue.
Ainsi, par un morne après midi de printemps sauf que ça se voit pas trop, sauf sur le calendrier, et encore, il faut avoir de bons yeux, la jeune (si, si) et sémillante Alinéa, en plein cours top fascinant glamour hype sur les démo*craties populaires, se met à distribuer des fiches de notions tout en continuant à dicter le si fascinant glamour hype cours...
"Tito instaure en Yougoslavie..."
Et c'est à ce moment précis que l'Histoire bascule. En effet, Alinéa se trouve alors au fond de la classe, des papiers plein les mains. Le tableau est loin, loin, loin. Du coup, elle se hasarde :
"Euh, vous savez écrire Yougoslavie ?"
Devant le regard fort peu frétillant jeté par l'élève le plus proche, et voyant 34 stylos levés, elle continue :
" Y O U G O S L A V I E"
Et c'est alors qu'une élève s'exclame :
" Mais, M'dme, ça s'écrit comment "I grec" ?"
Voilà ce que les socio-démographes ont oublié quant à la Génération Y. C'est la première génération du XXe siècle à ne pas savoir écrire Y.
***
L'auteur de cette note tient à s'excuser auprès de l'inventeur du Y. Aucune responsabilité de sa part ne peut être engagée. Après tout, les élèves peuvent-ils connaître TOUTES les lettres ?
***
Et, juste comme ça, en passant, ce n'est pas un poisson d'avril. D'ailleurs je n'ai eu qu'UN poisson dans le dos aujourd'hui. Et j'en suis fort triste. Maigre moisson pour étoffer ma collection...
21:33 Publié dans Etudes de la djeunzerie | Lien permanent | Commentaires (24) | Envoyer cette note
24 mars 2008
Tecknokiller du Palatinat
Composition quantitative de cette note : Intérêt culturel 100 % ; intérêt sociologique 100 % ; djeunz authentique 100 %.
(Oui, ça fait 300 %. Et alors ? Il est grand temps de dépasser les limites conceptuelles, les Gens, non mais.)
Bon, les Gens de l'Internet Mondial, au risque de briser tous les totems, de renverser tous les tabous, de choquer les mal-pensants, je dois vous avouer que parfois, il y a des cours qui saoulent grave les profs qui les font.
Oui, les élèves qui les écoutent, aussi, sans doute, mais ce n'est pas le propos ici, merci d'adresser vos remarques à la rédaction, j'aime bien avoir du courrier. N'oubliez juste pas de joindre des photos de Brad nu, merci.
En vertu de la règle absolue de la composition, une idée = un exemple, j'exemplifie de ce pas : moi, je l'avoue à la face de la Galaxie, "Les réseaux urbains et la métropolisation en Europe", je trouve que c'est moyen funky. Les élèves aussi, puisqu'ils en profitent pour laisser les gondoles à Venise.
En revanche, il y a des cours que tu kiffes grave. Sur lesquels tu t'éclates. Des cours hyper funky. Plus souvent des cours d'Histoire que de géographie pour moi, mais je ne vois vraiment pas pourquoi, franchement, non, je vois pas.
Et, en particulier -mais pas seulement- je vois toujours arriver avec émotion les chapitres concernant la Révolution française.
Je sais que je vais adorer ces cours, mais je sais déjà aussi à quoi m'attendre -les djeunz se renouvellent peu, année après année :
- M'dme, c'est vrai que la guillotine, ça fait pas mal ? Euh, comment dire, personne n'ayant jamais survécu...
- M'dme, on meurt tout de suite, quand on est guillotiné ? Non, en général on a le temps de boire un dernier café et de fumer une dernière cigarette, puis là, on meurt...
- M'dme, ça fait comme pour les canards ? On BOUGE ? Ben oui, on bouge le temps du café et de la cigarette...
- M'dme, qu'est-ce qu'on fait de la tête ? (mon moment préféré entre tous) ON LA POSE SUR LE CERCEUIL [air ravi et terrifié de l'assemblée]
Oui, vous noterez, les Gens de l'Internet Mondial, que les questions des djeunz sont toujours très tournées vers les exécutions, et, curieusement, assez peu vers les pesanteurs sociales de l'Ancien Régime, qui, conjuguées avec l'absolutisme royal , provoquent une inadéquation entre la société réelle et la société imposée par l'ordre ancien. Etrange, non ?
Mais, s'il y a bien un moment où je ne sais pas à quoi m'attendre, même si je sais que je peux m'attendre au pire, c'est lorsque, pour comprendre ce qu'est l'absolutisme de droit divin et comment il se met en scène, on étudie le tableau de Hyacinthe Rigaud, Lou*is XIV en costume de sacre...
Déjà, jeune prof à peine sortie des concours, et inspectée le jour de l'étude de ce tableau, j'eus l'immense bonheur d'entendre M., qui, déjà, avait jugé bon de me piquer le transparent - pour rire, M'dme - juste avant, s'exclamer assez fort pour être entendu de l'enfer - qui, soit dit en passant, n'était pas bien loin, on était dans l'ascenseur qui y mène, c'est sûr :
"Mais c'est qui cette t*** ??? Il va tapiner au bois ou quoi ?"
Alors là, franchement, un jour d'inspection, tu vis, ... comment dire..., un grand moment de solitude...
Depuis, je me suis aguerrie.
Je sais que, statistiquement, quand je vais distribuer la photocopie, la moitié des élèves vont dire :
"Aaaaah mais je l'ai fait, ce truc trop chelou. C'est Napoléon."
Une fois, un élève fort original s'est même exclamé
"C'est Jeanne d'Arc.",
se rapprochant par là de la moitié restante qui va invariablement me dire :
"C'est qui, ELLE ?"
Il paraît que Louis XIV, du fond de sa tombe, m'envoie des suppliques, genre "arrête d'étudier MON tableau, j'en peux plus, tu peux pas étudier celui de l'autre naze, Louis XVI, de toute façon il a plus toute sa tête, donc ça lui fera rien".
Mais parfois, je suis encore surprise.
Ainsi, il y a peu, S. a passé tout le temps de l'étude du tableau le nez pincé avec sa main gauche, parce que bon,
"M'dme, on m'a dit que ce type ne s'était JAMAIS lavé de sa vie".
Le même jour, R. s'exclame, émerveillé :
"Ouah, mais il a trop des fringues de bogoss, lui !"
Alors que j'en étais à un froncement de sourcils perplexe visant à évaluer cette opinion artistique, M., outré par la radicale nouveauté de cette proposition, s'exclame :
"Non mais t'es ouf, c'est trop chelou, comme fringues !"
Ce à quoi R. rétorqua, non sans sens de l'à propos :
"C'est toi qui est ouf et chelou, tu trouves trop beau le Buffalo Grill" (authentique, depuis cet événement, je ne suis plus tout à fait la même)
Vexé, M. tire sa dernière cartouche en assénant :
"Tu peux parler, t'as vu la tête de ta copine ?"
Et c'est à ce stade de ce fort édifiant échange que je parvins à calmer ma légitime curiosité (c'est qui la copine de R. ?) les ardeurs adolescentes pour passer à l'étude en huit points de ce tableau.
Passant entre les rangs pour vérifier la prise de notes, tout en dictant des choses fascinantes sur la concentration des pouvoirs dans les mains du roi, je trouvais Al. tirant la langue sous l'effet de la concentration, fort occupé à colorier la photocopie,
"parce que M'dme, ce mec, c'est trop un tecknokiller"
Et franchement, ça lui va grave bien, à Louis XIV, je trouve :
(les couleurs passent un peu mal, mais vous voyez l'idée générale).
***
Sur ce, je vais de ce pas me replonger dans la préparation d'un cours de géographie, en me consolant au Lindor au chocolat au lait, parce qu'il faut ce qu'il faut. Et aussi parce que Fashion les a oublié chez moi, la fourbe.
10:47 Publié dans Etudes de la djeunzerie | Lien permanent | Commentaires (21) | Envoyer cette note | Tags : bogoss, culture, funky
12 mars 2008
Que d'eau, que d'eau !
Note sans plein de choses, mais avec un peu de Mac Mahon. Et ça, c'est grave la classe.
Bon, les Gens de l'Internet Mondial, il faut savoir que, quand on est prof, on est toujours prêt.
Prêt au pire (X. tentant d'occire Y. à coup d'extincteur).
Prêt au meilleur (vos terminales vous offrant un cadeau d'anniversaire) (mais bon, être prêt, ça empêche pas de verser une larme ou deux).
Mais malgré tout, parfois, on est pris de cours.
Surtout quand, au beau milieu d'un cours sur les réseaux urbains et la métropolisation en Europe, A. lève très haut la main, et vous demande :
" Dîtes M'dme, comment ils ont mis l'eau à Venise ?"
***
Bon, le premier moment de perplexité passé (et il a été long, il m'a fallu m'en remettre), je me lance dans une explication avec force schémas de la lose (je ne suis pas prof de schéma, et -comment dire ?- ça se voit), des gestes, des mots, et tout.
Et j'en profite pour parler de la pollution, du croupissement, et de l'odeur de Venise.
Et c'est alors que J. hausse les épaules :
"Ben, ils sont pas malins. Ils ont qu'à mettre le produit qu'on met dans les aquariums"
Comment ont-ils pu ne pas y penser ?
23:55 Publié dans Etudes de la djeunzerie | Lien permanent | Commentaires (7) | Envoyer cette note
11 mars 2008
JF ch. garde d'enfants
Note épuisée. Sans Brad, sans George, sans ragondin, sans Kant, du coup. Mais avec des litres de Martini. Parce que.
Bon, monsieur le Juge, comment vous expliquer cette apocalypse ?
Replaçons les faits dans leur contexte : comme tous les Gens de l'Internet Mondial qui viennent ici pour voir s'il y a encore de la lumière le savent, dans ma vraie vie à moi que j'ai, je suis dompteuse de fauves prof dans un lycée de banlieue, donc j'ai plein de vacances et plein d'aptitudes liées aux djeunz.
Et c'est sans doute pour ces deux raisons conjuguées, monsieur le Juge, que mes deux soeurs - les inconscientes - décidèrent d'un commun accord de me confier l'intégralité de leur progéniture pour quelques heures.
Mission pour laquelle je m'engageais avec joie - l'inconsciente.
Le front serein, la mine lumineuse, et ayant pour l'occasion revêtu ma dernière acquisition vestimentaire rose fuchsia, je me rendis donc chez Falbala, pour une passation de consignes digne d'une conférence internationale sur le désarmement nucléaire.
Dans l'ordre, je devais donc :
- garder en vie mes trois neveu et nièces ;
- ne pas leur donner à manger avant le repas, qui serait pris dehors dès le retour de Falbala :
- garder en vie mes trois neveu et nièces ;
- éviter toute projection de toute sorte sur les murs ;
- garder en vie mes trois neveu et nièces ;
- occuper les enfants jusqu'au retour de leurs mères respectives.
Tout semblait s'engager pour le mieux, sauf qu'avant même le départ de Falbala, j'avais enfreint la règle n°2, en donnant des sucres d'orge aux trois schtroumpfs - à des fins de corruption totalement évidentes.
Et c'est alors que se produisit l'événement déclencheur de l'Apocalypse. Jugez plutôt, Monsieur le Juge : Falbala, la fourbe, la main sur la poignée de la porte, se retourna, et avec un air dégagé qui a dû lui demander des heures de préparation, elle m'assène :
"La peinture est dans la bibliothèque du salon".
Avez-vous déjà entendu plus fourbe ? N'est-ce pas la preuve même que je ne suis en aucun cas responsable de la suite ?
Sitôt le mot "peinture" prononcé, les schtroumpfs se ruèrent sur moi :
"Oooooh oui Tante Alinéa, on peut peindre, dis ?"
Soucieuse de ne pas briser dans l'oeuf l'avenir de futurs Delacroix, j'acceptais de bonne grâce, en posant mes conditions strictes :
- ma blouse fuchsia devait ressortir indemne de l'expérience ;
- mes nouvelles chaussures à talon compensé devaient ressortir indemnes de l'expérience ;
- les murs blancs devaient ressortir indemnes de l'expérience ;
- la table devait ressortir indemne de l'expérience.
Ces clauses étant ratifiées joyeusement par toute l'assemblée, tout ce petit monde s'installe. Et je te plonge le pinceau dans du bleu roi, puis dans du jaune, puis dans du rouge, puis dans de l'eau.
Personnellement, j'aime bien les expérimentations. Soyons wild.
Pendant ce temps, telle un boxeur à l'entrainement, je sautille autour de la table, attention ma blouse, tiens c'est joli ça, attention à mes chaussures, et si tu faisais une fleur, attentioooon à mes vêtements.
Et c'est alors que se produisit le premier drame.
Dans le but évident d'encourager la fibre créatrice de mon neveu (2 ans 1/2), je le félicitais pour sa représentation de la tempête.
Cet encouragement déchaîna aussitôt un cortège de rugissements.
Manifestement, c'était la mer.
Et pas la tempête.
Au temps pour moi, j'avais vu à l'envers.
Mais, quand, quelques instants plus tard, je le félicitais pour sa représentation de la mer, un cortège de rugissements accueilli ma remarque.
Manifestement, c'était une tempête, pas la mer.
Pendant cet échange fort édifiant, la table commençait à se recouvrir dangereusement d'une eau diluée de peinture, évoquant clairement, cette fois, la tempête. Les feuilles ressemblaient plus à des serpillières prématurément vieillies qu'à des oeuvres d'art.
Mais bon, l'art est dans l'oeil de celui qui regarde.
Quand enfin le moment "je me prends pour Picasso" s'acheva, la salle à manger ressemblait à un champ de ruines. De ruines mouillées.
Parce que, voyez-vous, Monsieur le Juge, au cours de mes -longues- études, JAMAIS, au grand jamais, on m'a dit qu'un enfant de 2 ans et demi ne savait pas essorer tout seul son pinceau.
Moi, je préfère laisser l'instinct créateur s'exprimer, non mais.
En la matière, je suis nietzschéenne, que voulez-vous.
Histoire de réparer les dégâts, qui se limitaient à la table - et un peu au sol, mais bon, personne n'a rien vu, merci de garder le secret -, j'envoyais l'intégralité des futurs Dali dûment débarbouillés dans la chambre et commençais à me livrer à des activités ménagères überglamour, ce qui me donna l'occasion de mettre de la peinture 1/ sur le mur 2/ sur mes chaussures 3/ sur ma blouse, ce qui nécessite de l'entrainement, vous en conviendrez, d'ailleurs mes neveux n'avaient pas réussi à le faire.
Et c'est alors que se produisit le deuxième drame.
Un hurlement suivi de concerts de pleurs me contraint à abandonner sur place l'éponge ruinée, et à me ruer sur le lieu du crime et à mener un interrogatoire serré des témoins du drame, entre deux sanglots.
Selon Nièce 1, Nièce 2 s'était moquée d'elle.
Selon Nièce 2, Nièce 1 avait cherché à l'étrangler.
Selon Neveu, la tempête, c'est surfait.
Je tentais de calmer l'ensemble, en me demandant si vraiment, c'est mal de boire un apéritif quand on garde trois enfants. Ou trois apéritifs. Il est où, le bar ?
Nièce 2 choisit alors de se retirer dans l'autre chambre.
Nièce 1 choisit de rester dans la sienne.
Neveu choisit de filer au salon.
Malheur, mais comment surveiller trois enfants dans trois pièces différentes ?? Encore un truc qu'on a oublié de me préciser dans mon cursus.
Je me décidais donc pour opter pour le patrouillage : hop, une pièce, hop, une autre, etc.
Au salon, Neveu semblait avoir choisi de s'allonger par terre. Activité peu inquiétante, et qui pourrait même permettre d'ôter la peinture égarée sur le sol. Laissons le faire.
Dans une chambre, Nièce 2 sanglotait. Bon, un câlin s'impose. Telle une ambassadrice de l'ONU, je tentais d'expliquer que bon, un étranglement, quand on s'aime, ça ne compte pas. Après quelques minutes de palabres, Nièce 2 se rendit à l'évidence : il était temps de fumer le calumet de la paix.
Je me rendis alors dans l'autre chambre, où je trouvais Nièce 2 agenouillée fort gracieusement devant une valisette Petit Ours Brun rouge, dans laquelle elle avait plié quelques vêtements et dans laquelle elle s'efforçait de faire entrer un stéthoscope en plastique.
"Euh, tu fais quoi ?"
"Je fais mes valises. Tu m'as trop fait du mal dans mon coeur à moi que j'ai. Je souffre, donc je m'en vais."
Devant sa mine de tragédienne fort réussie, il faut l'avouer, je me mis à pleurer de rire.
Et c'est à ce moment que Falbala choisit de m'appeler pour m'annoncer qu'elle allait être en retard. Et que je devais faire patienter les enfants pour le déjeuner.
Ah ah, plus facile à dire qu'à faire : mon neveu, relevé du sol, embrassait vigoureusement le réfrigérateur en réclamant à manger, pendant que mes deux nièces, finalement réconciliées, décidaient finalement de faire leurs valises toutes les deux, et entreprenaient de déménager l'intégralité de la chambre dans l'entrée, sous mes yeux ébahis.
Une heure plus tard, la cavalerie arrivait... pour trouver l'entrée encombrée de huits valisettes, sacs et autres poupées en prévision du départ, les trois enfants habillés de pied en cap en vue de ce départ, et une Alinéa migraineuse, affamée et en train de se demander bon sang où peut bien être le Martini, dans cette maison.
Donc, vous jugerez, Votre Honneur, que je ne suis responsable en rien de cette Apocalypse, qui a duré, hum, disons, presque trois heures (en tout cas plus de deux, j'vous jure). Je n'ai pas de master en peinture enfantine. Je n'ai pas des yeux bioniques pour voir dans trois pièces différentes. Je n'ai pas trouvé le Martini.
Je plaide donc non coupable.
Mais je veux bien un Martini, merci.
***
Et vous, les Gens de l'Internet, vous êtes doués en enfants ?
19:51 Publié dans Etudes de la djeunzerie, Vita fabula | Lien permanent | Commentaires (18) | Envoyer cette note



