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11 mars 2008
JF ch. garde d'enfants
Note épuisée. Sans Brad, sans George, sans ragondin, sans Kant, du coup. Mais avec des litres de Martini. Parce que.
Bon, monsieur le Juge, comment vous expliquer cette apocalypse ?
Replaçons les faits dans leur contexte : comme tous les Gens de l'Internet Mondial qui viennent ici pour voir s'il y a encore de la lumière le savent, dans ma vraie vie à moi que j'ai, je suis dompteuse de fauves prof dans un lycée de banlieue, donc j'ai plein de vacances et plein d'aptitudes liées aux djeunz.
Et c'est sans doute pour ces deux raisons conjuguées, monsieur le Juge, que mes deux soeurs - les inconscientes - décidèrent d'un commun accord de me confier l'intégralité de leur progéniture pour quelques heures.
Mission pour laquelle je m'engageais avec joie - l'inconsciente.
Le front serein, la mine lumineuse, et ayant pour l'occasion revêtu ma dernière acquisition vestimentaire rose fuchsia, je me rendis donc chez Falbala, pour une passation de consignes digne d'une conférence internationale sur le désarmement nucléaire.
Dans l'ordre, je devais donc :
- garder en vie mes trois neveu et nièces ;
- ne pas leur donner à manger avant le repas, qui serait pris dehors dès le retour de Falbala :
- garder en vie mes trois neveu et nièces ;
- éviter toute projection de toute sorte sur les murs ;
- garder en vie mes trois neveu et nièces ;
- occuper les enfants jusqu'au retour de leurs mères respectives.
Tout semblait s'engager pour le mieux, sauf qu'avant même le départ de Falbala, j'avais enfreint la règle n°2, en donnant des sucres d'orge aux trois schtroumpfs - à des fins de corruption totalement évidentes.
Et c'est alors que se produisit l'événement déclencheur de l'Apocalypse. Jugez plutôt, Monsieur le Juge : Falbala, la fourbe, la main sur la poignée de la porte, se retourna, et avec un air dégagé qui a dû lui demander des heures de préparation, elle m'assène :
"La peinture est dans la bibliothèque du salon".
Avez-vous déjà entendu plus fourbe ? N'est-ce pas la preuve même que je ne suis en aucun cas responsable de la suite ?
Sitôt le mot "peinture" prononcé, les schtroumpfs se ruèrent sur moi :
"Oooooh oui Tante Alinéa, on peut peindre, dis ?"
Soucieuse de ne pas briser dans l'oeuf l'avenir de futurs Delacroix, j'acceptais de bonne grâce, en posant mes conditions strictes :
- ma blouse fuchsia devait ressortir indemne de l'expérience ;
- mes nouvelles chaussures à talon compensé devaient ressortir indemnes de l'expérience ;
- les murs blancs devaient ressortir indemnes de l'expérience ;
- la table devait ressortir indemne de l'expérience.
Ces clauses étant ratifiées joyeusement par toute l'assemblée, tout ce petit monde s'installe. Et je te plonge le pinceau dans du bleu roi, puis dans du jaune, puis dans du rouge, puis dans de l'eau.
Personnellement, j'aime bien les expérimentations. Soyons wild.
Pendant ce temps, telle un boxeur à l'entrainement, je sautille autour de la table, attention ma blouse, tiens c'est joli ça, attention à mes chaussures, et si tu faisais une fleur, attentioooon à mes vêtements.
Et c'est alors que se produisit le premier drame.
Dans le but évident d'encourager la fibre créatrice de mon neveu (2 ans 1/2), je le félicitais pour sa représentation de la tempête.
Cet encouragement déchaîna aussitôt un cortège de rugissements.
Manifestement, c'était la mer.
Et pas la tempête.
Au temps pour moi, j'avais vu à l'envers.
Mais, quand, quelques instants plus tard, je le félicitais pour sa représentation de la mer, un cortège de rugissements accueilli ma remarque.
Manifestement, c'était une tempête, pas la mer.
Pendant cet échange fort édifiant, la table commençait à se recouvrir dangereusement d'une eau diluée de peinture, évoquant clairement, cette fois, la tempête. Les feuilles ressemblaient plus à des serpillières prématurément vieillies qu'à des oeuvres d'art.
Mais bon, l'art est dans l'oeil de celui qui regarde.
Quand enfin le moment "je me prends pour Picasso" s'acheva, la salle à manger ressemblait à un champ de ruines. De ruines mouillées.
Parce que, voyez-vous, Monsieur le Juge, au cours de mes -longues- études, JAMAIS, au grand jamais, on m'a dit qu'un enfant de 2 ans et demi ne savait pas essorer tout seul son pinceau.
Moi, je préfère laisser l'instinct créateur s'exprimer, non mais.
En la matière, je suis nietzschéenne, que voulez-vous.
Histoire de réparer les dégâts, qui se limitaient à la table - et un peu au sol, mais bon, personne n'a rien vu, merci de garder le secret -, j'envoyais l'intégralité des futurs Dali dûment débarbouillés dans la chambre et commençais à me livrer à des activités ménagères überglamour, ce qui me donna l'occasion de mettre de la peinture 1/ sur le mur 2/ sur mes chaussures 3/ sur ma blouse, ce qui nécessite de l'entrainement, vous en conviendrez, d'ailleurs mes neveux n'avaient pas réussi à le faire.
Et c'est alors que se produisit le deuxième drame.
Un hurlement suivi de concerts de pleurs me contraint à abandonner sur place l'éponge ruinée, et à me ruer sur le lieu du crime et à mener un interrogatoire serré des témoins du drame, entre deux sanglots.
Selon Nièce 1, Nièce 2 s'était moquée d'elle.
Selon Nièce 2, Nièce 1 avait cherché à l'étrangler.
Selon Neveu, la tempête, c'est surfait.
Je tentais de calmer l'ensemble, en me demandant si vraiment, c'est mal de boire un apéritif quand on garde trois enfants. Ou trois apéritifs. Il est où, le bar ?
Nièce 2 choisit alors de se retirer dans l'autre chambre.
Nièce 1 choisit de rester dans la sienne.
Neveu choisit de filer au salon.
Malheur, mais comment surveiller trois enfants dans trois pièces différentes ?? Encore un truc qu'on a oublié de me préciser dans mon cursus.
Je me décidais donc pour opter pour le patrouillage : hop, une pièce, hop, une autre, etc.
Au salon, Neveu semblait avoir choisi de s'allonger par terre. Activité peu inquiétante, et qui pourrait même permettre d'ôter la peinture égarée sur le sol. Laissons le faire.
Dans une chambre, Nièce 2 sanglotait. Bon, un câlin s'impose. Telle une ambassadrice de l'ONU, je tentais d'expliquer que bon, un étranglement, quand on s'aime, ça ne compte pas. Après quelques minutes de palabres, Nièce 2 se rendit à l'évidence : il était temps de fumer le calumet de la paix.
Je me rendis alors dans l'autre chambre, où je trouvais Nièce 2 agenouillée fort gracieusement devant une valisette Petit Ours Brun rouge, dans laquelle elle avait plié quelques vêtements et dans laquelle elle s'efforçait de faire entrer un stéthoscope en plastique.
"Euh, tu fais quoi ?"
"Je fais mes valises. Tu m'as trop fait du mal dans mon coeur à moi que j'ai. Je souffre, donc je m'en vais."
Devant sa mine de tragédienne fort réussie, il faut l'avouer, je me mis à pleurer de rire.
Et c'est à ce moment que Falbala choisit de m'appeler pour m'annoncer qu'elle allait être en retard. Et que je devais faire patienter les enfants pour le déjeuner.
Ah ah, plus facile à dire qu'à faire : mon neveu, relevé du sol, embrassait vigoureusement le réfrigérateur en réclamant à manger, pendant que mes deux nièces, finalement réconciliées, décidaient finalement de faire leurs valises toutes les deux, et entreprenaient de déménager l'intégralité de la chambre dans l'entrée, sous mes yeux ébahis.
Une heure plus tard, la cavalerie arrivait... pour trouver l'entrée encombrée de huits valisettes, sacs et autres poupées en prévision du départ, les trois enfants habillés de pied en cap en vue de ce départ, et une Alinéa migraineuse, affamée et en train de se demander bon sang où peut bien être le Martini, dans cette maison.
Donc, vous jugerez, Votre Honneur, que je ne suis responsable en rien de cette Apocalypse, qui a duré, hum, disons, presque trois heures (en tout cas plus de deux, j'vous jure). Je n'ai pas de master en peinture enfantine. Je n'ai pas des yeux bioniques pour voir dans trois pièces différentes. Je n'ai pas trouvé le Martini.
Je plaide donc non coupable.
Mais je veux bien un Martini, merci.
***
Et vous, les Gens de l'Internet, vous êtes doués en enfants ?
19:51 Publié dans Etudes de la djeunzerie, Vita fabula | Lien permanent | Commentaires (17) | Envoyer cette note





Commentaires
je veux bien un Martini aussi (mais tu comprends pourquoi j'ai pas de neveux ?)
Ecrit par : raph | 11 mars 2008
Je ne veux pas de neveux !!! (trop tard, fuyons)
Ecrit par : Sia | 12 mars 2008
tout de même, tu exagères.
dans "JF", J, ça veut dire JEUNE.
Ecrit par : Poutine Girl | 12 mars 2008
vu ce que je viens de lire, je dirais que je suis vachement douée que toi. et pourtant, des échantillons gratinés j'en ai dans la famille, on est 25 cousins et cousines directs du côté de mon père et je les ai de gardé les marmots de mes oncles et tantes. pour la petite histoire, je précise que je suis la plus âgée des cousins-cousines, alors imagine la moyenne d'âge. je suis toujours contente de les voir et de m'occuper. quoique parfois ils sont capables de me faire super flipper. genre, se mettre debout sur un bureau placé devant une fenêtre ouverte au premier étage et nous faire coucou nous qui sommes dehors, ou d'escalader son lit à barreau de se mettre debout sur l'une des têtes de lit et de s'accrocher au lit superposé supérieur qui est juste à côté (comment il a réussi à faire ça...). mais ça ne fait pas peur, je suis tata deux fois et ça donne toujours envie
Ecrit par : nonolerobot | 12 mars 2008
Ha ha, faut dire que quand même, tu prends des risques ! 3 d'un coup...
J'ai gardé ma nièce hier soir : après quelques câlinous et la lecture d'un livre hautement culturel (6 images d'animaux en doudou dont je m'efforçais d'imiter le cri) le biberon de 19h00, elle était couchée à 19h46 et dormait à 19h48. Bon, ok, elle n'a que six mois...
Ecrit par : Tamara | 12 mars 2008
Pour la peinture en appartement, il faut une nappe en bulgom.
Sinon, le lecteur DVD est une arme redoutable mais qui fait culpabiliser (on observe toutefois quelques sujets rétifs chez les moins de 6 ans).
____
CUI, 9 ans d'expérience en élevage.
Ecrit par : Comme une image | 12 mars 2008
"la tempête, c'est surfait"
Mdr.
Ecrit par : alex | 12 mars 2008
On peut être doué en un enfant, c'est possible. Mais être doué en 3 enfants qui ne sont même pas les siens, je ne vois pas comment...
Ecrit par : Natural Born blonde | 12 mars 2008
Pfff... :D
Sinon, on a besoin d'une baby-sitter la week-end prochain... Mouhahahahahaha. Pardon. :))))
Ecrit par : fashion victim, la mère (enfin, l'une des mères) | 12 mars 2008
Ah, et au fait laisse Nietzsche en dehors de l'éducation de mes enfants, non mais! :))))))))
Ecrit par : fashion victim, la mère (enfin, l'une des mères) | 12 mars 2008
;-) pas facile les enfants des fois...hihi
Ecrit par : NatQuébec | 12 mars 2008
Pour garder des enfants en toute quiétude il faut avoir fait le deuil de quelques principes de base:
1)je vais me tâcher
2)je vais avoir un ou deux arrêts cardiaques
3)je vais avoir envie de me réfugier dans un monastère
Mais pour que tout se passe dans la bonne humeur, j'utilise quelques trucs:
1)on a aussi le droit de les tâcher
2)s'ils sont vraiment pénibles, ils pourront toujours se régaler avec des délicieux épinards/poissons...
Voilà, voilà...
Par contre la prochaine fois ce sera juste dessin avec des crayons à papier. Mes murs sont blancs....
Ecrit par : falbala | 13 mars 2008
J'adooore!!!!
Merci pour ce bon moment de rigolade...
Perso, l'an dernier j 'ai tenté peinture avec 25 gamins de 3à 4 ans... c 'était ma première année de petite section, je suis instituteuze...ben je peux te dire que j 'étais pas du tout parée...
Donc chapeau, félicitations, je trouve que tu t'en es bien sortie!!!
Ecrit par : cynthia | 15 mars 2008
Ben moi je suis douée en mes enfants et en mes élèves, mais pas en les enfants des autres qui, sous prétexte que je suis prof ET mère (un peu comme dans cette vieille pub barbara gould), pensent que je dois avoir pour vocation de garder plleeeiiin d'enfants le mécredi acrémidi : mais j'ai trouvé la parade: je suis en plein conseils de classe tout le temps (ben quoi? eh ouais c'est nouveau on en a 15 par année scolaire) et j'ai donc plein de copies en retard à corriger (ça en revanche c'est presque toujours vrai donc je mens pas vraiment!).
Ecrit par : pascale m. | 17 mars 2008
Et bien!! Il y avait de l'ambiance!!
Ecrit par : chiffonnette | 17 mars 2008
Soeur numéro 2 est prête à pondre neveu ou nièce numéro 6... Ca fait autant de Martini ?
Ecrit par : Aurélisme | 18 mars 2008
AAAAAAAAAAAAHHHHHH! (soupir d'aise) on retrouve notre Alinéa internationale et bien aimée et avec son style incomparable. Quel bonheur!
Pour la petite histoire: je déteste les enfants des autres! (en particulier quand il ont un lien de parenté)
Pour le Martini, y'a pas photo.
Ecrit par : la grive | 19 mars 2008
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